Sans que Florence Jacquesson ne renie ses premiers travaux en tant que sculpteur, on admettra que l’artiste s’est sensiblement éloignée des « thèmes de chasse « de ses débuts.
« C’est vrai que cela m’intéresse beaucoup moins que les singes que je sculpte aujourd’hui. Cela faisait longtemps que je voulais faire ce « Singe Pensif », le premier, plein d’humanité, très présent… En 2000 j’ai commencé à y penser puis en 2004 je l’ai finalisé.»
Cette première sculpture plait. L’artiste reçoit la médaille d’or du salon animalier de Bry s/Marne (ils sont rares en France les salons ainsi spécialisés) et puis survient une rencontre importante due au hasard ; et à Internet ! Robert Eden, viticulteur dans l’Hérault et propriétaire d’un hôtel sur l’île de Saint Barthélemy y découvre en effet le Bonobo de Florence Jacquesson.
« il m’a contactée et m’a dit qu’il cherchait depuis longtemps une sculpture comme ça. Il faut savoir que Robert Eden est un fervent défenseur de la cause des grands singes. J’étais moi-même déjà sensibilisée au monde animal et l’on s’est rejoint sur un même terrain. Lui faisant du vin, il avait créé une cuvée « Grands singes 2004 » vendue au profit de l’institut Jane Goodall et par son intermédiaire j’ai très vite rencontré les responsables de l’institut. »

L’art au service de la protection de nos cousins les singes
l’Institut Jane Goodall, du nom de sa fondatrice, œuvre depuis 1977 pour sensibiliser les populations sur notre responsabilité en matière d’environnement et sur la disparition d’espèces animales comme les grands singes. Cette conjonction de rencontres propulse le travail de l’artiste dans une direction qui se dessinait déjà. Chimpanzé, Bonobo, Orang-Outan ou encore Mandrill, Florence Jacquesson ne se lasse pas de son sujet. Elle donne à voir à chaque fois, des singes dans des attitudes et portant des regards pensifs, interrogatifs ou effrayés sur le monde qui les menace.
« Je ne suis pas un sculpteur du mouvement, ça n’est pas une priorité dans mon travail, nous dit-elle. J’essaie de présenter mes animaux dans une immobilité, certainement pour tenter d’exprimer l’incapacité dans laquelle ils sont de réagir à tout ce qui leur arrive. Formellement, je compare parfois mon travail à celui des Égyptiens, aux attitudes de leurs dieux taillés dans la pierre. »
« Je les représente non pas dans l’image qu’on s’en fait habituellement : des singes qui se cherchent des puces toute la journée mais je veux les montrer avec tout ce qui moi m’a bouleversée, une fois oubliés les à priori , les singes derrières leurs barreaux, drôles, pervers ou amuseurs…Je m’attache à gommer cela pour essayer de montrer qu’il y a autre chose dans cet animal qui est notre cousin, capable d’émotions, à 99% proche de l’homme. »
C’est ce qui éveilla, à n’en pas douter, l’intérêt de Jane Goodall. Elle a choisi, au mois de Juin dernier, quatre bronzes réalisés par Florence pour les proposer à une vente aux enchères se déroulant à Monaco au profit de son institut.
« Finalement, se rappelle Florence Jacquesson, tout découle de ces rencontres. Sans elles, sans ces projets, le Bonobo serait parti à la trappe, alors que là, il a pris un sens nouveau. » Car réaliser de telles sculptures demande un investissement, finalement rendu possible par ces ventes.

Marc DUFLOT

 

 

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