TROYON CONSTANT (1810-1865)

Les parents de Constant Troyon travaillaient à la manufacture de Sèvres, son père comme peintre décorateur, sa mère comme brunisseuse. L’enfant fut encouragé dans le domaine des arts par Riocreux, conservateur du Musée céramique, qui lui fit peindre des fleurs et des paysages « classiques », sous la direction d’un professeur, mais l’élève se tourna vite vers les études et croquis d’après nature. Il expose pour la première fois, très jeune, au Salon de 1833 (Maison Colas à Sèvres, Un coin du parc de Saint-Cloud). Il rencontre peu après Camille Roqueplan, qui lui donne des conseils. Toute sa vie et son travail sont axés autour des Salons, auxquels il expose régulièrement, entre 1833 et 1864, jusqu’à la veille de sa mort. Le Salon : institution officielle d’une énorme importance, qui décide du succès, des décorations, des commandes aux artistes (Troyon fut nommé chevalier de la Légion d’honneur à la suite du Salon de 1849, et c’est seulement à partir de cette date qu’il reçoit des commandes), stimulant artistique alors, qui mobilise autour de lui l’intelligentsia du siècle, les critiques, les écrivains. Ils s’appellent non seulement Baudelaire, mais également Burty, Mantz, Alexandre Dumas, Théophile Gautier, Burger, About, ceux qui entament, à travers les toiles exposées, le dialogue avec l’artiste : on verra Troyon changer de manière d’un Salon à l’autre, à la suite d’une critique de Mantz. À la suite de nombreux séjours en province (1835 dans le Limousin, 1840-1841 en Bretagne, 1852 en Normandie) et à l’étranger (1847 en Belgique et en Hollande), Troyon alimentera régulièrement les Salons de sa production.

Scène pastorale. Musée des Beaux-Arts, Budapest, Hongrie.

Troyon est un peintre réaliste, et appartient à cette admirable pléiade de paysagistes où figuraient Théodore Rousseau, Diaz, Dupré, Flers, Français, suivant Paul Huet, qui avait rapporté d’Angleterre le nouvel évangile. Troyon incarne le mouvement de rénovation dans le paysage dont Turner et Constable avaient été les initiateurs. Le vrai Troyon naît vers 1843, date à laquelle il rencontre Théodore Rousseau et Jules Dupré. Il suit les conseils du premier, peint avec eux à Barbizon et, sous leur influence, va s’inspirer directement du réel. Sa facture devient moins compliquée, « l’ensemble avait gagné et on put, dès lors, le compter au nombre de ceux qui savaient voir » (Hustin). Troyon fut un des défenseurs de la thèse du naturalisme. De même que Flaubert écrit « nous ne devons songer qu’à représenter », Troyon consigne : « Le peintre doit s’attacher à montrer la nature présente et agissante autour de ce qui vit. » « Autour de ce qui vit », ce sont les animaux pour Troyon. Les peintres animaliers sont alors spécialement à l’honneur. Que l’on songe à Jacques Raymond Brascassat (1804-1867), dont on aimait la peinture polie et lisse, à Charles Jacques, peintre influencé par Millet, à Rosa Bonheur. Troyon tient évidemment une grande place dans ce mouvement. Il s’efforce de placer les animaux qu’il représente dans leur vrai milieu comme le complément d’une composition générale et non comme des portraits. Vers 1846, sous l’influence de ses amis, il se met à peindre force études d’animaux. Mais avant de se révéler comme animalier au public du Salon, Troyon voulut étudier de près ceux qui avaient, avant lui, brillamment marqué dans la carrière. Il fit donc en 1847 un voyage en Belgique et en Hollande ; il admira à vrai dire beaucoup plus Rembrandt que Paul Potter et Cuyp ! Moins correct que Potter, mais plus fougueux, coloriste beaucoup moins distingué qu’Albert Cuyp, il a construit ses bestiaux solidement, en voyant, de préférence aux contours que sa brosse dévorait avec soin, les plans, les reliefs et ces mille accents qui donnent à la forme sa signification, trahissent la vie et accusent le mouvement. « Semés avec bonheur sur des frondaisons virgiliennes, sous des ciels gris qui s’enfoncent au loin et les baignent d’une douce clarté, ses bœufs ont la démarche pesante, la philosophique indolence, la calme résignation et ce vague du regard qui est le propre de leur race. Leur pelage est soyeux, épais, d’une richesse qui peut défier la nature » (A. Hustin). Les années 1853-1860 voient naître les chefs-d’œuvre de Troyon : La Vallée de la Touques (1853), Bœufs allant au labour (1855, musée d’Orsay, Paris), Départ pour le marché (1859, musée d’Orsay), Retour à la ferme (1859, musée d’Orsay), Le Bac (1859, musée d’Orsay). L’exécution des toiles est magistrale, pleine, la palette simple, la couleur abondante, épaisse, riche, solide, répartie uniquement avec la brosse, la touche pâteuse, le métier gras, la recherche de la composition et de l’effet frappante. Le Bac, « surprenante anticipation des paysages fluviaux d’un Monet ou d’un Sisley » (J. Foucart), nous révèle les deux personnages qui se disputaient Troyon, l’animalier et le paysagiste, sans qu’aucun d’eux n’ait voulu abdiquer.

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Editions Abbate-Piolé

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