HAINARD ROBERT (1 906 – 1 999)

(c) Fondation Hainard

076-Fondation HainardArtiste, il risquait bien de l’être : son père et sa mère l’étaient, tous deux peintres et professeurs de dessin. Encore bébé, il dessinait déjà sous la table à dessin, sur les chutes de papier et avec des allumettes brûlées. Scientifique d’emblée : son premier dessin conservé (il avait 6 ans), un poisson, est légendé : «Petite perche mâle». Son sujet préféré est fixé : les animaux, ceux des villes, puis ceux de la campagne où il passe ses vacances d’été, et bien sûr les oiseaux de la Rade de Genève, cette pénétrante de nature en pleine ville qui amène à portée de vue les habitants ailés des étendues aquatiques, avec les animaux de la ménagerie du cirque qui passe chaque automne à Genève sur la Plaine de Plainpalais. Mais il deviendra l’artiste animalier des animaux sauvages après avoir passé l’été de ses quinze ans dans les Alpes vaudoises : il y verra des chamois, dont un cabri qu’il sculptera dans un morceau de tronc de pin de montagne ramassé sur le chemin du retour. Cette rencontre fondamentale en suscitera une autre qui ne le sera pas moins…
Car cette année 1922, à la rentrée des écoles d’art de Genève, il tombe amoureux d’une belle et fière grande fille de la montagne. Il l’aborde par le biais des chamois (elle doit bien les connaître…). Ils se marieront sept ans plus tard. Lui est sculpteur sur bois, cette matière dure, résistante mais chaleureuse et vivante, où il cherche la forme – mais voici qu’il passe à l’image gravée, en couleurs, une planche par ton, en utilisant sa technique (et ses outils) de sculpteur pour obtenir des dégradés pouvant rendre compte de ses impressions visuelles dans la nature. Elle, Germaine, peintre, sait d’emblée fixer les couleurs sur ses toiles d’une manière incomparable. Robert ne tirera pas une seule planche de ses quelque neuf cents gravures sans le «bon à tirer» de son épouse. Leur couple modèle durera jusqu’à ce que la mort emporte Germaine – 68 ans après leur rencontre…
Artiste animalier, il a recherché ses sujets dans la nature, fixant ses observations avec l’objectivité de son œil de chasseur d’images, les recueillant «à fleur de rétine», sans jamais l’aide de quelque machine optique que ce soit – à part ses inséparables jumelles – et les fixant – sur le champ dans le meilleur des cas, le plus souvent de mémoire car la présence de la bête tient à l’immobilité complète de l’observateur… – au crayon sur ses carnets de croquis qui ne le quittaient jamais. D’où son surnom de «chasseur au crayon» qui l’aura décrit si bien, et qu’il a inspiré lui-même en intitulant un recueil d’anecdotes et de moments vécus «Chasse au crayon» (1 972).

316-Fondation Hainard_96ppp_545Chasse : c’est la recherche de la bête sauvage, qu’il préférait à toute autre présence animale, car l’animal dans son milieu a la beauté de la liberté sanctionnée par la réussite à survivre dans un milieu où chaque erreur de comportement, chaque dysfonctionnement physiologique, chaque inadaptation au milieu peut coûter la vie. La préférence va aux mammifères «Ne sont-ils pas les bêtes par excellence, avec leur corps souple et leur chaude fourrure ? N’ont-ils pas joué le plus grand rôle dans la vie de nos ancêtres chasseurs, incarné mythes et légendes ? » dit-il dans son avant-propos aux «Mammifères sauvages d’Europe», 1 948). Il apprendra les mœurs, les traces, tous les indices qui lui permettront de se placer à l’affût et, suprême récompense, de voir l’animal non dérangé dans son allure et son comportement vivre sous ses yeux en lui offrant des scènes réelles, dans le rapport exact de la bête avec le milieu, la lumière. Scènes qu’il va pouvoir fixer d’un trait de crayon d’une sûreté parfaite, compléter d’une étude de milieu plus fouillée mais qui n’écartera jamais la
représentation finale de son «degré précis d’imprécision», condition toujours respectée. Ce qui lui vaudra un des plus beaux compliments, venant du milieu de la chasse – où on est d’habitude guère tendre envers les naturalistes – affirmant que les chasseurs préféraient ses images car «?elles montrent les animaux comme nous les voyons?» et non dans des mises en scènes conventionnelles et des conditions privilégiées. Pour cela il fallait donc à Robert Hainard se fondre dans le paysage, rôdeur silencieux des petites heures, affûteur immobile telle une souche parmi les troncs, indiscernable dans son sac de couchage, tel un gros caillou parmi les feuilles mortes ou émergeant de la neige, sous la lumière de la lune – il est le premier «Guetteur de lune», inspirant à ses suiveurs le titre d’un de ses recueils. Mais pour cela quelle endurance…  Et quelle somme d’observations originales – il en sera tiré un ouvrage toujours de référence, les «Mammifères sauvages d’Europe». Suivra le titre de Dr honoris causa de la Faculté des Sciences l’Université de Genève (1979), qu’il acceptera avec le sourire, lui l’autodidacte que son père avait retiré de l’école obligatoire dès l’âge de douze ans pour lui permettre d’acquérir une meilleure instruction à la maison…

Fondation Hainard – site

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