L’art animalier fut l’un des domaines les plus originaux de l’imagerie romantique. Ici encore, et de façon plus tranchée que dans le paysage qui avait tout de même une ascendance glorieuse au XVIIe siècle, un genre mineur est entièrement renouvelé et prend une importance inattendue. On connaissait les tableaux de chasse tout décoratifs de Snyders, les portraits de chiens de Desportes et d’Oudry, les portraits de chevaux dont le palais du Té offre déjà un prototype. Chez Agasse et surtout chez George Stubbs (1724-1806), qui a introduit un pathétique et un naturalisme nouveaux dans les portraits de chevaux, c’est à partir de là que s’est développé, vers 1760, le nouvel art animalier, en même temps que s’y introduisaient des aspects exotiques. Les célèbres Chevaux effrayés ou attaqués par un lion (env. 1765) sont déjà des drames de la nature où se livre la lutte sublime des espèces.


Lion attaquant un cheval, G. Stubbs
George Stubbs (1724-1806), Lion attaquant un cheval. Huile sur toile. National Gallery of Victoria, Melbourne, Australie.

Bien entendu, le développement de ces thèmes n’est pas étranger à celui de la zoologie qui, de Buffon à Cuvier, est une des grandes préoccupations scientifiques, et l’on sait que ces recherches sont en rapport direct avec les théories de Lamarck à Darwin, sur l’évolution des espèces. Ici la philosophie et la science ne font qu’une, et l’art ajoute parfois son appoint. Tel John James Audubon (1785-1851), dont on serait bien embarrassé de dire s’il est avant tout un artiste ou un naturaliste (Birds of America, 1827-1830). Stubbs aussi est l’auteur de beaux dessins anatomiques, et enseigna l’anatomie à des étudiants en médecine.


Birds of America (Les Oiseaux d’Amérique), J. J. Audubon
John James AUDUBON, Birds of America (Les Oiseaux d’Amérique), 1827-1830, encre sur papier. British Library, Londres.

En même temps que ces préoccupations scientifiques agitent les esprits, la projection anthropomorphique sur le règne animal est particulièrement active. On ne compte pas les éditions illustrées de fables dans le dernier quart du XVIIIe siècle et le début du XIXe, non seulement les Fables de La Fontaine, trop complexes et à la morale ambiguë, comme Rousseau l’a si fortement ressenti, mais les fables plus primitives d’Ésope, ou plus sentimentales de Florian.
Tout cela a contribué à créer un contexte où les animaux sont l’objet de méditations sérieuses et élevées. Les peintures d’animaux exotiques, inséparables de l’abondante et inégale imagerie orientaliste de l’époque, évoquent en particulier le thème des origines, de la pureté et de la véhémence natives, d’un idéal « primitif ». Dès 1803, dans un roman de Charles Nodier, Le Peintre de Saltzbourg, le héros du livre, un artiste, s’écrie, au terme d’une longue période sur l’Orient, terre de la liberté originelle : « Pourquoi les hommes m’ont-ils fait captif, et pourquoi m’ont-ils amené prisonnier dans leurs cités ? Vous l’eussiez vu, ce lion, dans le désert, se jeter sur la terre altérée, oublier qu’elle brûle, et la goûter longtemps entre ses dents. » Ce texte, où le peintre s’identifie entièrement à l’animal libre et violent, ne laisse aucun doute sur la nécessité d’interpréter de telles images au-delà du pittoresque. Il n’en va pas autrement pour Géricault, mais chez lui c’est le cheval qui est porteur de l’affectivité du peintre, surtout dans les dernières années (voir notamment deux lithographies sur le thème du Cheval dévoré par un lion, ou celle du Cheval mort dans la neige).
Même chez les artistes spécialisés dans le genre animalier, comme Edwin Landseer (1802-1873) et, mieux encore, Barye, l’élément de projection joue son rôle. Le grand cerf du Défi de Landseer, dont la ramure fait écho aux bois morts du paysage désolé, est à une date assez tardive (1844) un exemplaire encore très vigoureux du héros romantique. Chez Barye, dont les préoccupations zoologiques sont plus profondes, l’anthropomorphisme est moins accusé. En revanche, il exprime avec une vigueur inègalée les forces de la nature, les combats qui s’y livrent, l’idéal de l’espèce, la fonction des musculatures, la vie même. Il atteint au sentiment sans la sentimentalité de Landseer, et l’exactitude de ses animaux, exprimée avec une science de sculpteur qui est probablement la plus accomplie de l’époque, évite ce qu’il y a de curiosité pittoresque ou de grandiose factice dans les animaux romantiques, même chez Delacroix.


Landseer
Edwin Landseer (1802-1873), peintre animalier, a reçu, en 1867, la commande de la décoration de la colonne Nelson à Trafalgar Square. On le voit ici préparant les modèles des quatre lions.


Tigre dévorant un gavial, A. L. Barye 
Antoine Louis BARYE, Tigre dévorant un gavial, bronze. Musée du Louvre, Paris.

 .

Editions Abbate-Piolé

A propos de nous

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetuer adipiscing elit, sed diam nonummy nibh euismod tincidunt ut laoreet dolore magna aliquam.

Where we are
© 2016 Art Animalier - All Rights Reserved